Articles

Le mouvement immobile

Image
J'ai besoin d'un bateau, un bateau à voiles, bien sûr.  Un voilier parfois ( je parle ici de la grande et longue navigation en solitaire) c'est un peu comme si tu étais dans une immobilité en mouvement.  Oui bon d'accord, j'ai l'air d'avoir fumé un truc bizarre en écrivant cela.  Pourtant c'est bien cette idée qui me trotte dans la tête. Un mouvement immobile. Et puis à y bien réfléchir, chaque être humain sur notre petite boule-terren'est-il pas lui aussi un immobile en mouvement ? Immobile dans sa sensation de terrien, mis à part certains de ses congénères en perpétuel mouvementcaril en est qui ont cette capacité, un humain même le plus réticent à toute perspective de l'utilité d'un déplacement restera lui-même porté par le mouvement de la planète qui nous porte tous. Impossible immobilité. Particules de l'univers que nous sommes tous, notre immobilité n'a absolument aucun sens. C'est bien cette perception que j'ai ressentie lors de…

Alvéolite à Vancouver

Image
Ça commence par un arrachage de dent, du genre qu'on n'est pas près d'oublier. Une dent de sagesse qui fait sa pousse, à mon âge non mais je vous jure !
 Depuis le temps qu'elle me torturait, après quelque insistance auprès du dentiste, il me lança un "on l'enlève lundi...!" bien décidé ... après que je l'aie averti que je partais en voyage le jeudi.
Et le jeudi en question, nous fermions la maison pour tout le mois de juin, donnant quelques vagues instructions au voisin Jean Luc pour les enventuels arrosages du jardin, ledit Jean Luc ex-dentiste de son état me faisant remarquer à la vue de ma joue droite gonflée comme une balle de golf que j'étais peut-être en train de faire une alvéolite ....
En tout cas ça tiraillait sérieusement et je ne vivais déjà plus sans ma boite de paracétamol.



Arrivés à Paris pour passer la nuit chez le fiston Alexis avant de prendre l'avion le lendemain matin, j'en arrivai à une situation où cette impression…

Tout fout le camp, c'était mieux avant !

Image
Coup de gueule sur un fil de discussion sur un forum de voile, à propos de ce sempiternel "c'était mieux avant" ou "de nos jours notre liberté est grignotée de plus en plus " et autres " ya plus moyen de naviguer tranquille"





le sujet initial était posé ainsi:

"... la plaisance a perdu son aura de liberté.
Maintenant il n y a presque plus d'endroit où on peut simplement vivre en toute tranquillité. Partout le voyageur est devenu un objet à tirer un profit, un objet d'arnaque.
( ....)
Reste à faire des ronds pas loin de chez soi , bourré d électronique pour pas gêner les autres utilisateurs de la mer."


Il y eut abondance de réponses dans ce sens, bien évidemment.
Alors j'ai déposé cette réponse:


Ce discours passéiste du "c'était mieux avant" et du " not' liberté c'est foutu" me laisse songeur.
A chaque époque sa précédence depuis que l'homme est sorti de la grotte , a creusé un tronc d'a…

Accroches toi ma belle

Image
Par quelle subtile conscience peut-elle ainsi trouver son chemin et s’accrocher au fur et à mesure de son évolution ? Sans yeux pour voir le monde, sans oreille pour entendre les murmures du vent ou les chants des oiseaux qui lui passent tout près d’elle, sans voix pour s’exprimer ou demander conseil, sans un cerveau identifiable ni caractéristique comportementale propre, comment fait-elle alors pour fabriquer ses si délicats enroulements autour des ferrures de la pergola et continuer ainsi son ascension ?


Et pourtant cette délicatesse procède bien d’une forme d’intelligence face à une difficulté à résoudre, d’une capacité à solutionner un questionnement. Quand nous l’avons plantée au pied de la pergola en fer forgé fraîchement installée à l’entrée du jardin, elle semblait pourtant si fragile, si frêle. Elle ? Cette petite plante à l’allure si modeste une fois mise en sol comme on mettrait un enfant face à son destin, à qui nous avons confié la mission d’embellir l’entrée du jardin…

Hommage à Jacques Higelin

Bon, Johnny ça ne m’avait pas secoué plus que ça, il faisait partie du paysage, certes – enfin le paysage du plus grand nombre – sans doute pour ça qu’il a eu droit a ses obsèques nationales - mais au-delà de ça ? Mais là, …. Jacques, putain, enfin Higelin, quoi … !
Dans Higelin, il y avait une espèce de classe étrange, comme un seigneur, un orfèvre du délire verbal, logée dans une de ces gueules de mecs à qui t’as envie de payer un verre, de préférence tard, très tard, pour passer des heures à causer avec lui en essayant de refaire le monde, en ‘’regardant loin derrière la glace du comptoir’’ comme aurait dit un Léo Ferré qui ne l’aurait pas renié car il était fait un peu du même métal de la mélancolie déjantée que lui.
Je me souviens l’avoir vu, oh il doit bien y avoir une vingtaine d'années, dans le live d’un enregistrement de l’émission Tatatata, il était l’invité principal, nous avions pu y trouver place dans le public de l'émission grâce à un neveu qui faisait un stag…

L'amie sincère

Image
Avec ma Singer, je fais des petits miracles désormais.

Suite à un devis pour réfection des matelas de mon voilier qui était particulièrement dissuasif, j’ai décidé de me lancer.
J’avais déjà expérimenté l’utilisation de la machine à coudre sur des coutures de réparations de mes tauds de voiles, par exemple, et j’avais même été jusqu’à attaquer quelques ourlets de pantalons.

Là j’ai vu plus grand, carrément la sellerie du carré central, tous  les coussins et dossiers des sièges.



J’ai donc commencé à écumer les magasins de tissus jusqu’à trouver l’élu où j’ai trouvé tout ce qu’il me fallait. J’arpentais cet univers peuplé de femmes affairées à chercher leurs tissus et accessoires avec un étrange sentiment de m’y sentir bien.
Allez, on va commencer par un premier coussin, celui sur lequel je m’assois à la table à cartes, il a le plus besoin de réfection. Je choisis un beau simili-cuir, autrement dit un skaï, et me voilà parti.





Pas si facile, les formes dans un bateau sont pleines d’angle…

Besofs et mastamatafs

Image
C’est par d’étranges et incompréhensibles formules que le pépé Trutet (pas le pépé forgeron, non, celui de l’autre versant familial) exprimait parfois une espèce de détachement du monde contemporain – enfin je veux dire contemporain de l’époque de mon enfance et adolescence – en accompagnant souvent ses formules d’une légère rotation de la tête, les yeux portant vers le haut et sa moue esquissant une sorte de sourire espiègle à travers sa pipe coincée entre ses dents.


Ses mots s’envolaient, aussi difformes que les volutes de fumée de son tabac Caporal Gris qu’il avait engouffré puis tassé quelques minutes auparavant dans ce prolongement buccal terminé par un curieux fourneau qu’était sa vieille pipe culottée. ‘’Les besofs et les mastamatafs, quand on a la lucidité, eh ben voyez vous ...’’. Il donnait souvent une suite par d’autres formules tout aussi étranges énoncées entre ses dents serrées sur son brûle-gueule auquel il mettait le feu par un antique briquet de ferraille cuivrée qu’…