Le mouvement immobile





J'ai besoin d'un bateau, un bateau à voiles, bien sûr. 
Un voilier parfois ( je parle ici de la grande et longue navigation en solitaire) c'est un peu comme si tu étais dans une immobilité en mouvement. 
Oui bon d'accord, j'ai l'air d'avoir fumé un truc bizarre en écrivant cela. 
Pourtant c'est bien cette idée qui me trotte dans la tête.
Un mouvement immobile.
Et puis à y bien réfléchir, chaque être humain sur notre petite boule-terre n'est-il pas lui aussi un immobile en mouvement ?
Immobile dans sa sensation de terrien, mis à part certains de ses congénères en perpétuel mouvementcar il en est qui ont cette capacité, un humain même le plus réticent à toute perspective de l'utilité d'un déplacement restera lui-même porté par le mouvement de la planète qui nous porte tous.
Impossible immobilité.
Particulede l'univers que nous sommes tous, notre immobilité n'a absolument aucun sens.
C'est bien cette perception que j'ai ressentie lors de mes grandes traversées en solitaire.
Particulièrement dans des nuits denses et noires, sans lune et au ciel chargé dans lesquelles je voyais à peine plus loin que le bout de l'étrave de mon petit Nomade qui évoluait dans une ambiance qui me donnait à penser de lui qu'il était bien brave mon petit Nomade, dans sa capacité à me donner confiance enmoi-même.

Cette expérience prit une dimension particulière de ce que peut - dans ma perception intime - signifier être un élément du vivant sur cette planète qui nous porte.
Mon petit Nomade et moi tout seul dedans livré aux mouvements de la mer et du vent, dans ces nuits d'encreet dont je m'attachais à guider au mieux l'évolution à la maniére d'un aveugle dans cette immensité sans horizon ni perspective visuelledevenait une projection métaphorique de notre existence d'habitant de notre petite boule lancée dans l'univers.
C'est bien de ces voyages là que l'on revient avec une vision du monde qui a changé.
Comme s'il fallait dépasser sa propre ligne d'horizon, aller au-dela de ce que l'on concevait comme appréhendable, pour ouvrir un champ d'introspection, une revisite de sa vie avec un regard neuf, exempt des pollutions visuelles du monde citadin normé, avec comme une clairvoyance nouvelle sur ce qui ont été les étapes de sa propre existence, et une capacité à en accepter bien mieux ce que l'on jugeait de soi-même ou certaines personnes qui ont marqué les jalonnements de notre vie.

Ce grand voyage en solitaire sur l'océan, finalement, c'est bien mieux qu'une psychanalyse, car le divan sur lequel on s'allonge pour libérer ses pensées et ses souvenirs devient le compagnon non seulement de notre route mais de nos divagations et introspections, et le thérapeute, à la fois envoûtant et implacable, c'est l'océan.


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