Cabotage


Dans le flamboiement du soir, la lande et la roche viennent se confondre dans le rougeoiement comme si elles retrouvaient toutes les deux l'essence d'une lave originelle qui viendrait s'écrouler dans les flots essoufflés de la mer étale. Puis le flot les prolonge vers l'infini de l'océan, obligeant à porter le regard vers l'horizontalité ultime. 



Soir sublime où le soleil démontre son essence divine en imposant à notre évidence ces réunifications des éléments dans sa chaude lumière. L'herbe rase de la lande, les roches de la côte sauvage peuplées de lichens et de multiples et indescriptibles concrétions minérales, végétales ou animales, l'air embaumé d'iode et des effluves des algues en décomposition, les oiseaux marins batifolant sur la grève comme des écoliers en récréation, l'étirement du nuage cotonneux sur l'horizon et qui peine à vouloir y noyer son dieu, tout paraît enfin unifié dans un même élan vers l'universel et on comprend qu'il ne reste plus qu'à se laisser plonger soi-même dans le bain de vie, à se laisser envahir par cet apaisement.

Je marche sur cette lande illuminée, du pas tranquille de celui qui ne va nulle part et que personne n'attend dans les jours qui viennent. Dans un creux de la baie, en contrebas, le voilier semble se reposer au bout de sa laisse plantée dans l'eau tranquille, compagnon qui m'attend, et maison chaude aussi qui se prépare à m'accueillir en son cocon pour y traverser la nuit dans des rêves qui referont le tri dans les manœuvres et les émerveillements de la journée de route achevée.

Navigation solitaire, même si elle n'est faite que de sauts de puce journaliers à longer la côte à quelques milles nautiques au large et à revenir accoster le soir, jeter la pioche ici ou là ou bien s'amarrer le long de quais tranquilles, et qui concourt à cette sensation de n'être plus qu'une particule élémentaire plongée dans la cohérence de l'univers, confiant dans la destinée quelle qu'elle soit.

Pas une fuite, non, mais une échappée vers la plénitude de ces jours incomparables à la vie quotidienne et qui me feront revenir parmi les miens comme reconstruit, réparé de toutes les cabosses ordinaires, le cerveau limpide et propre comme un sou neuf.

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